[CITERADIO] Anne Mimault : Porter un regard humain sur la complexité du monde 01042026

Assise du journalisme 2026 - Anne Mimault

 

Assise du journalisme 2026 - Anne MimaultAnne Mimault : Porter un regard humain sur la complexité du monde

Dans le cadre des Assises internationales du journalisme, dont la 19e édition s’articule autour du thème « Enquête de vérité », CITERADIO a reçu Anne Mimault. Photographe et photojournaliste, elle a passé quatorze ans au Burkina Faso, documentant les crises du Sahel autant que la vie quotidienne pour des agences comme Reuters ou des organisations humanitaires.

Un parcours atypique : de la biochimie à l’image

Rien ne destinait initialement Anne Mimault au photojournalisme. Scientifique de formation, elle détient une maîtrise en biochimie. C’est son travail dans l’événementiel qui l’a conduite en Afrique, mais sa passion pour l’image est bien plus ancienne : autodidacte, elle a appris la photographie dès l’âge de 12 ou 13 ans avec l’appareil argentique manuel de son grand-père.

L’exigence du terrain au Sahel

Installée pendant plus d’une décennie à Ouagadougou, elle a vécu l’évolution du métier de correspondante. Travailler pour une “grosse machine” comme Reuters exige une polyvalence totale : il faut savoir switcher entre la photo, la vidéo et la rédaction de brèves textuelles, souvent dans l’urgence des coups d’État ou des crises politiques.

L’un de ses coups d’éclat professionnels illustre l’importance de l’anticipation. Pendant la pandémie de COVID-19, elle a devancé l’actualité en photographiant une messe de Pâques dans une cathédrale presque vide avant le jour J. Ce sens de l’initiative lui a valu de faire la une du New York Times.

La “vérité” au-delà de l’image : une question de point de vue

Le thème des Assises, la recherche de la vérité, résonne particulièrement avec son expérience. Anne Mimault souligne que l’image peut parfois biaiser la réalité vécue.

Elle cite l’exemple marquant d’une manifestation au Burkina Faso :

  • La scène vécue : Des jeunes brûlent un drapeau français de manière spontanée, presque joyeuse, sans aucune agressivité ressentie par la photographe sur place.
  • L’interprétation médiatique : Une fois diffusée, l’image a été perçue comme un symbole de menace violente et de haine antifrançaise, au point de susciter l’inquiétude de l’ambassadeur.

Pour elle, « la vérité est une question de point de vue ». Elle estime qu’il est indispensable de passer du temps avec les gens pour instaurer une confiance mutuelle, seule garante d’une image authentique et respectueuse.

Faire face au “brouhaha” visuel

Interrogée sur l’impact des réseaux sociaux, Anne Mimault s’inquiète du flux continu d’images qui peut noyer l’information de qualité. Face à la répétition des clichés de violence et à la montée des fake news, elle plaide pour un retour à l’humain et à la justesse.

« Il faut s’ouvrir au maximum et être curieux de l’autre… ne pas se braquer. »

De nouvelles perspectives à Paris

Après trois ans de retour en France, Anne Mimault se tourne désormais vers la formation à l’école internationale Altun à Tours. Si elle a mis sa carrière de reporter en pause, l’envie de lancer de nouveaux projets photographiques axés sur la rencontre et l’intimité commence à se faire sentir.

Interview de Anne Mimault réalisée par Amel