Héléna Franc était à la CCI Touraine pour la conférence « L’entreprise Contributive, une urgence sociale et climatique » par Yannick Roudaut le 19/11/19 – Citéradio

Crédit Photo : LOL Project-David Ken

En partenariat avec Pôle Emploi, la Ville de Tours ainsi que les Associations Germe et Premihomme, une conférence intitulée « L’entreprise contributive, une urgence sociale et climatique » était tenue par Yannick Roudaut le 19/11/19 dans les bâtiments de la CCI Touraine.

La conférence a débuté avec l’Intervention d’Eric Kraemer, Directeur Territorial de Pôle Emploi de la Vallée de la Loire. Introduisant le thème, il explique que le marché du travail  actuel dégage des éléments très positifs depuis 3 ans en terme de projets de recrutement, mais qu’en réalité il est plus compliqué d’alimenter ce cycle économique. Il précise que la France serait encore plus en difficulté que les autres pays européens à profiter de cette nouvelle dynamique d’emploi. Au delà d’une évolution du monde du travail se dessine un grand changement au sein même des métiers ce qui marque un écart entre les recherches en terme de compétences et savoir-faire professionnels et les offres présentes sur le marché. De plus, il est désormais fort probable de changer plusieurs fois de métier, ce qui pousse donc chacun à acquérir la capacité d’être autonome et de s’adapter facilement. Après avoir donc décrit les nouveaux enjeux et les nouvelles valeurs auxquelles nous sommes désormais confrontés, la parole est donnée à Yannick Roudaut.

 

Ancien journaliste financier, auteur du livre “Zéro déchet”, Yannick Roudaut est aussi entrepreneur et conférencier. Il se spécialise désormais dans la recherche d’un modèle économique durable. Son but ? Réussir à harmoniser finance, philosophie, économie, écologie, sociologie ainsi que les ONG pour un avenir plus serein. Pour se faire il parcourt la France et le reste du monde pour sensibiliser le grand public à ce besoin de prendre un nouveau virage. La conférence s’est déroulée en deux grandes parties: tout d’abord une analyse approfondie de la situation actuelle, des problèmes et des risques auxquelles on se heurte suivie d’une partie “solutions”, qui vise à comprendre tous les systèmes et dispositifs possibles pour y remédier.

 

Et c’est tout d’abord à travers l’histoire que Yannick Roudaut nous explique pourquoi nous sommes dans une phase de changement aussi importante qu’il appelle même “la fin d’une civilisation”. A travers ce retour aux bases de l’humanité qui nous mène jusqu’à notre révolution numérique actuelle, nous (re)découvrons que l’homme n’en est pas à sa première “rupture fondamentale”. Entre autre, internet a fait place au Transhumanisme, un concept aussi impressionnant que effrayant qui vise à “réparer le corps humain” grâce aux sciences et aux nouvelles technologies. Ce mouvement international est déjà en route et cherche déjà à accroître les capacités physiques et mentales des Hommes. D’après Yannick Roudaut, le Transhumanisme est une alternative dont il faut se méfier car cela se résume à “ne plus avoir d’espoir dans l’humanité”.

 

 

Après avoir résumé quelques dérives déclenchées par les NTIC et leurs dangers pour notre civilisation, il nous rappelle en toute humilité que notre nature nous a mené à cette situation et que la solution miracle n’existe pas: “Il n’y a pas de réponse linéaire à un problème complexe”. C’est donc en changeant les paradigmes économiques, sociologiques et écologiques qu’on pourra améliorer nos conditions de vie.

 

Un bilan général nous est donc ensuite présenté par Yannick Roudaut, sous tous ses angles, en passant par les enjeux démographiques, l’alimentation, l’économie mondiale, le rapport au travail mais aussi au bonheur, et d’autres items qui mènent tous à la même conclusion : le besoin imminent de passer au partage avec un grand “P”. Chaque secteur peut s’y retrouver, chaque être humain aussi, et les exemples ne manquent pas : comme Yannick Roudaut nous l’explique, on peut faire de l’économie circulaire même dans le monde du textile, on peut ne plus acheter mais louer toutes sortes de choses (une voiture, un outil, un barbecue…). C’est donc un système tout autre qui s’offre à nous, un monde moins matérialiste, où l’usage et le service continuent mais les biens se réduisent grâce à la mutualisation. En somme, passer d’une société de surconsommation à une société de contribution.

 

 

Au delà d’une simple philosophie, c’est une option concrète selon Yannick Roudaut, et ça commence par une nouvelle façon d’organiser l’emploi et donc le travail. Se développent donc nouvellement des Entreprises Contributives, des entreprises qui dégagent des biens et des nouveaux bénéfices à des fins mutuelles mais aussi individuelles, gravitant autour de dimensions sociales et utiles. Un défilé d’exemples nous a ensuite été exposé par Yannick Roudaut, pouvant concerner tous les domaines : l’électroménager, la pollution, l’immigration, l’industrie, le bâtiment, etc. Le tout impactant de larges dimensions comme la proximité, l’économie, la sociologie, l’écologie, répondant tous à des valeurs communes. Par conséquent, il est désormais possible d’acheter plus qu’un bien, mais d’acheter de la valeur. Entre autre, l’ancien journaliste nous présente “1083” pour illustration, une entreprise qui a inventé le concept du jean consigné, et ça marche !

 

 

Cela nous amène inévitablement sur un nouveau volet: celui de la jeunesse et de ses engagements. Des jeunes qui, selon le conférencier, marque beaucoup de changements, qui font leur crise de la quarantaine à 25 ans et qui nous rappellent, souvent avec beaucoup d’humour, qu’il est temps de se réveiller. Certains inversent même tout à fait la tendance, comme des étudiants de grandes écoles qui ont mis en ligne le 5 novembre 2019, un site internet appelé “pour un réveil écologique”, qui tend à changer la donne. Un site et des tutos basés sur un constat, “Une entreprise qui ne recrute pas est vouée à l’échec”, ce qui veut dire que si les jeunes décident de ne pas mettre leurs compétences au service d’entreprises qui ne respectent pas certaines valeurs, ces dernières seront en difficulté. Il est d’ailleurs possible de consulter sur ce site un tuto pour interroger son entreprise lors d’un entretien d’embauche sur ses engagements. Choisir son entreprise et non plus l’inverse, et décider de ne valoriser que les intentions responsables et citoyennes, voilà la solution qu’ils proposent. Bouleverser nos choix professionnels mais aussi notre façon de travailler (de plus en plus de “tiers-lieux”), notre système hiérarchique (non plus pyramidale mais “des liens et des noeuds”), ainsi le fonctionnement managérial, font parties des alternatives possibles, réalisables et qui marchent selon Yannick Roudaut. Il faut “passer du rapport de force au rapport de flux”.

 

 

Un point un peu plus philosophique a permis de conclure la conférence, sur l’Homme et son humanité, nos besoins de renouer avec notre animalité, de nous tourner vers l’essentiel, appliquer les stratégies de la nature à celle de l’entreprise et ne pas oublier que “l’homme n’est pas le centre du monde, il a juste plus de responsabilités”. En somme, il est encore possible d’aller de l’avant, il suffit de garder espoir.

 

Entreprises contributives

Yannick Roudaut termine sa présentation avec un slide qui résume bien sa réflexion. « N’oublions pas que les évidences d’aujourd’hui son les utopies d’hier, donc les étopies d’aujourd’hui seront les évidences de demain »

Crédit Photo à la une : LOL Project-David Ken